Airborne Center, c'est d'abord une expérience unique d'histoire vivante immersive, reliée à l'histoire même du parachutisme militaire depuis une centaine d'années. Les paras ont encore en mémoire les parachutages de masse de la seconde guerre mondiale tous belligérants confondus, que ce soit en Hollande et en Belgique en 1940, en Crète, sur le front russe, dans le Pacifique, en Sicile, en Provence et en Normandie, puis à nouveau en Hollande à la fin de la guerre avec Ia fameuse opération Market Garden, qui finira 'un pont trop loin'. Mais l'origine réelle de ces parachutages date de la guerre mondiale précédente.

Fin 1918, les Français envisagent déjà Ie parachutage de deux mille hommes pour attaquer par surprise un état-major allemand. De leur côté, les Américains de I'US Air Service pré parent la prise de la ville de Metz par une division aéroportée, les terrains d-'atterrissage nécessaires aux bombardiers Handley-Page assurant I'aéro[ransport devant ëtre conquis et tenus par un millier de parachutistes. En novembre 1918, l'armée allemande s'effondre subitement, et la guerre se termine avant que ces projets ne soient réalisés.

Airborne Center a été créé récemment, en 2011, mais ses origines remontent à quelques années auparavant. Stéphane Hadjadje rejoint en 2007 le Liberty Jump Team, des Américains spécialisés dans les sauts commémoratifs en Dakota, notamment en Normandie chaque année. Puis il met sur pied un groupe français de reconstitution historique, Airborne Command, dont les membres vont se faire breveter en Hollande, entre 2008 el 2010, au sein de Pathfinder Holland. Presque 80 parachutistes au total, dont Christian Dislair et Jeff Bodel qui sont de Ia partie dès Ie départ. Ils ont créé l'événement en étant le premier groupe français à sauter pour les commémorations du Débarquement de Normandie en juin 20JLO, alors que se met en place le Round Canopy Parachuting Team américain spécialisé dans les sauts en Normandie et en Hollande.

L'histoire continue, avec aussi des sauts de nuit désormais en Normandie, et même des sauts avec armes et équipements pour les commémorations du Débarquement de Provence organisées par A8C en août.

De son côté, Christian Dislair met en place en 2012 une structure école et de loisir dédiée au saut commémoratif en parachute hémisphérigue militaire, à Guéret, ouverte à tous hommes et femmes, civils et militaires, une initiative soutenue par I'UFOLEP et son assureur. Le succès est au rendez-vous, avec une croissance d'effectifs constante, tout simplement parce que rien qu'en France l'école des Troupes Aéroportées a breveté depuis la seconde guerre mondiale près de 700 000 paras. Ces parachutistes d'un Wpe différent onl été jusque-là ignorés, oubliés ou juste considérés comme inexistants par les différentes institutions sportives, car 'obsolètes'.

Le phénomène est mondial, à l'image de ces Italiens de la Brigade Folgore venus sauter à Aix le 12 avril parmi les 25 paras largués à 300 mètres équipés de leurs parachutes américains T. 10 el MC1, ou encore les Américains de I'Airborne Demonstration Team, pion niers en matière de sauts commémoratifs, ainsi que ces paras US de Ia 173rd A8 venus célébrer les vétérans de Provence, sous la responsabilité du staff présent, Christian Dislair et Stéphane Hadjadje, tous deux anciens du ler RCP.

En 2014, Airborne Center compte 125 sautants actifs, dont 80 seront en principe largués lors des prochains sauts commémoratifs des 70 ans du débarquement de Normandie, des événements aériens organisés par Ie Round Canopy Parachuting Team. El autant en août au Muy pour les parachutages du Débarquement de Provence, avec Airborne Command.

Sur sa lancée, Airborne Center prévoit d'organiser en 2015 un week-end de saut par mois, à Albi, Aix, Vannes, Biarritz, et à partir d'avions prestigieux com me le Noratlas, I'Antonov AN-2, ou le Dakota C-47 pour les sautants confirmés, des Cessna classiques étant à disposition pour les éventuels dépannages et premiers sauts de prise de contacts sur les débutants. !



Un saut de Noratlas organisé à Aix en Provence le 12 Avril dernier donne à ParaMag l'occasion de présenter à nouveau deux formes de saut en parachute à caractère historique, à la marge du parachutisme sportif.
Deux types de sauts rares, loin de la course habituelle au pliage et à l'embarquement, et de la rotation effrénée du Pilatus.

Le club organisateur Saint Michel Archange, Fernand Cortiana, Daniel Chevalier et Stan Opolczynski nous ont offert la chance d'avoir deux largages à 3000 m, avec 30 paras chacun. Et un largage en automatique à 300 mètres pour l'entraînement des paras d'Airborne Center, en vue des sauts de commémoration du 7oème anniversaire du Débarquement de Normandie qui sont prévus début juin.

Le Noratlas 105 est un avion de légende, mais on n'oublie pas que c'est aussi un vieil avion, qui a participé au largage des paras français sur le canal de Suez en 1956. Cinq sonneries successives provenant de la cabine de pilotage, c'est I'ordre d'évacuation d'urgence de l'avion en plein vol. Au briefing Daniel Chevalier précise 'Pas de panique à bord, on ne se précipite pas comme des malades vers la sortie, n'importe comment! A la sème sonnerie, vous vous levez tranquillement sur deux files, vous vérifiez votre équipement, et vous attendez sagement I'ordre d'évacuation du largueur devant vous. A son signal, vous sortez par les deux portes, à droite et à gauche". Un ordre jamais donné, Jusque-là I'avion est parfaitement fiable, et on souhaite longue vie au Noratlas 105.

Sinon, pour la sortie normale de I'avion, Daniel motive ses troupes: 'Soyez dynamiques, éjectez-vous de la carlingue en prenant appui de ïa main sur le côté de Ia porte s'il le faut. Avec un largage à 55 m/s, ça pulse fort derrière l'hélice! Pour les VR, vous sortez par les deux portes en même temps.

Et pour tous, surtout en position de sortie stable, les bras en bas, en flèche vers l'arrière. Les bras en haut, et vous vous retrouverez instantanément en chute sur le dos, comme une tortue".

Pour l'avoir testée, la sortie en wingsuit est puissante mais sans problème à condition de bien rester dans l'axe. En vol instantanément, la vue sur I'avion est saisissante sous son empennage double qui s'éloigne. Un souvenir inoubliable. Le Noratlas 105 est un avion historique semblable à aucun autre, une légende vivante, le dernier Nord 2501 en état de vol. Une antiquité ailée et la vedette du jour. Nous sommes tous là pour son bruit sourd, ses tremblements, l'empennage qui oscille au démarrage des moteurs, un bref nuage craché de fumée noire et d'huile, puis les hélices quadripales qui battent l'air à un rythme de plus en plus soutenu.

Au routage les moteurs font vibrer la carlingue avec leur sonorité si caractéristique, et rapidement les roues quittent Ie sol. De plus en plus petit, le monde s'efface en dessous de nous, et notre bonheur commence. Comme me le dit Olivier Gély, sauter d'un avion chargé d'histoire comme celui-ci sera toujours un grand moment, il faut dire un grand merci à tous les passionnés qui ont rendu possible cette formidable journée...

Donc on ne les oublie pas. Les pilotes, équipage et mécanos du Noratlas de Provence. Les organisateurs, et nos trois largueurs, Daniel Chevalier, Olivier Vernet et Julien lacomelli. Ainsi que les nombreux paras présents qui ont fourni leurs photos à Para Mag, impossible de toutes les publier, alors un grand merci à tous!



Airbag TAP L'innovation L'airbag en parachute rond n'est pas une invention récente. En 1784, Joseph Montgolfier plaçait déjà quatre vessies de porc gonflées d'air sous la nacelle de son parachute-parasol, afin d'amortir le choc au sol. Un peu encombrant, mais efficace. Plus récemment, depuis fin 2013, Francis Heilmann a développé un concept original d'Airbag TAP, destiné aux sauts en parachute hémisphérique civils ou militaires.

Le but est de préserver de l'accident des parachutistes en diff icutté sur zone hostile, pistes et tarmacs, obstacles ou immeubles, etc. Le déclenchement de I'airbag se fait sous voile par une simple traction sur une poignée fixée au niveau de la ceinture, positionnée à droite ou à gauche au choix.

En réponse aux problèmes posés par]e gonflage d'un grand volume à très basse vitesse,]a solution innovante a été de munir les poches airbag de prises d'air de grande surface à chambres décompression semi-tubulaires et échappement latéral à l'intérieur de l'airbag. Un système compact et efficace s'il est bien calculé. Plusieurs prototypes ont été testés en essai-sot cet hiver avec succès, à des taux de chute de 3 à 5 m/s. Le gonflage s'opère parfaitement en 10 à 20 mètres de chute verticale, suivant le volume des airbags variant de 75 à 180 litres.

Ces essais ont mis en évidence la question primordiale du volume, notamment en ce qui concerne le volume de protection maximale en saut TAP. En effet, des airbags trop peu volumineux protègent-ils correctement un parachutiste, alors que l'expérience des parapentistes dit exactement Ie contraire depuis 25 ans? Une série de sauts-tests d'avion était programmée ce printemps, et il n'y avait aucune urgence à ce que Francis Heilmann rende public prématurément son concept Airbag TAF, avant qu'il soit parfaitement optimisé. Mais le parachutisme n'échappe pas au piratage des concepts...

"Lorsque ['on a une idée originale, mieux vaut ne la montrer à personne, et surtout pas à ses amis les plus proches"explique Frangoise Hurlin, qui a assisté aux essais."Un ex-parachutiste et un rigger connu se sont donc associés il y a peu pour tenter de copier maladroitement le système Airbag TAF, sans apparemment en comprendre les subtilités et le mécanisme.

Testée sans mise au point préalable lors d'un saut d'avion, la mauvaise copie n'a pas du tout fonctionné, devant un public nombreux. Si malgré tout la morale est sauve, l'affaire est ridicule et elle est aussi dommage pour l'image générale et la crédibilité d'un projet utile qui aurait mérité d'être mené à son terme avec sérieux, sans interférences parasites."

En fait, tout cela n'a rien d'étonnant. Un historien du parachutisme vous dirait que, déjà en 1919, l'américain Floyd Smith se faisait dépouiller de son concept et de la mise au point de son excellent parachute type A, le premier parachute à ouverture commandée en chute libre, produit pour l'armée américaine par Leslie Irvin.


Lors de la mise au point de l'Airbag TAP de Francis Hellmann, vérification du positionnement du conteneur et de sa compatibilité avec]es parachutes américains T-10 et MC1 utilisés par Airborne Center. L'airbag est placé juste sous le parachute dorsal. Photo Françoise Hurlin

Ce dernier déposa le brevet à Ia place de son confrère Floyd Smith, sans aucun mérite dans l'affaire. Là au moins, celui qui avait copié sur son voisin de classe le fit intelligemment. Et la firme Irvin connut ensuite le succès économique mondial que l'histoire lui reconnaît. Quant à I'Airbag TA P, affaire à suivre...

Par Francis HEILMANN  Photos Françoise HURLIN - Jean Claude COUSIN


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