Ceux qui ont donné à nouveau vie à la Grise, ceux-là même qui l'ont fait renaître à « l'envol » et tous ceux qui, depuis, lui ont apporté leur patiente attention   ....tous ceux-là, sont-ils conscients aujourd'hui de l'immense responsabilité qu'ils ont transmise aux ailes du Noratlas n° 105 ? 

          Ce sont eux qui ont fait d'un avion de transport familier de la deuxième moitié du XX ème siècle , un aéronef unique, monument historique de surcroît.      

 Le Noratlas n° 105 est « Unique » parce que seul exemplaire de ce type en état de vol aujourd'hui, mais il est également unique parce qu'il appartient au souvenir de plusieurs générations de Français. Il est devenu l'avion de Tous, et notamment de tous ces jeunes qui ont effectué leur « service militaire » aux cours de  trois décennies (1954-1986) si riches en évènements.

Drôle de paradoxe pour un avion de transport militaire, modeste par habitude, de devenir ainsi point d'ancrage d'une mémoire commune où l'on ne distingue plus très bien ce qui revient au « militaire » et ce qui revient au « civil ». 

Drôle de paradoxe, certes, mais seulement si l'on ne retient que l'engagement de la « Grise » dans ce que furent ses  missions initiales : support auprès des forces armées, parachutage , transport logistique à une époque où le « Contingent » de la conscription était de toutes les aventures.

 Mais si ce grand nombre est déjà le garant de sa légende, la « Grise » fut aussi  et comme toujours,  l'une des pièces essentielles d'événements nationaux ou internationaux marquants, heureux ou dramatiques :  scientifiques au Groenland, humanitaires en Afrique et lors des tremblements de terre  à Agadir, en Iran ou ailleurs, sociaux et nationaux en mai 1968, excentrés lorsque la Grise prit ses quartiers en territoires français ultra-marins ou en pays africains demandeurs de son aide, médicaux à la demande, diplomatiques quand le besoin s'en faisait sentir....et jusqu'à spectaculaires quand la « Grise », pour une fois un rien cabotine, se glissait sur l'affiche en couleur des meetings aériens (formation Guimauve).

La carrière du Noratlas N° 105

Lors des présentations publiques du « 105 », le même type de question revient de la part d’anciens de l’Armée de l’Air ou bien souvent, de parachutistes qui ont jadis sauté d’un Noratlas : «… cet avion était-il à Reims en 1972 ?».

Bien qu’il soit difficile de retrouver en détail toutes les missions du Nord 2501 n°105, qui ont été nombreuses, nous pouvons en retracer les grandes lignes :

 

 

 

Le Nord 2501 n° 105 a volé pour la première fois le 24 MAI 1956 à sa sortie de chaîne d’assemblage de Bourges. Il est entré en service opérationnel le 18 juin 1956, à l’ET 1/61 TOURAINE, (1er Escadron de la 61e Escadre de Transport), alors basée à Orléans-Bricy. 

En novembre 1956, il a participé à l’Opération 700, c'est-à-dire à la campagne anglo-française de Suez avec 40 autres Noratlas à partir de l’Ile de Chypre (aérodrome de Larnaca). Il est resté au sein de cet Escadron jusqu’au 28 mars 1958.

De mars 1958 à janvier 1959, passage au Centre d’Essais en Vol, où les Noratlas ont notamment effectué de nombreux essais de parachutes et matériel de largage.

Sa vocation d’avion multi-rôles est pleinement exploitée avec sa mutation à l’EITA 341 (Escadrille d’Instruction des Troupes Aéroportées) sur la Base de Pau-Pont Long. Cette escadrille a pour mission l’entrainement des parachutistes et fait également office d’école de largage lourd.

Le 12 décembre 1960 il est affecté au GT 3/62 SAHARA, 3e Groupe de Transport de la 62e Escadre basé à Alger-Maison Blanche où il reçoit, tel qu’on le voit aujourd’hui, son célèbre nez vert. Pour l’anecdote, le Groupe Sahara fut la dernière unité de transport à quitter l’Algérie le 1er avril 1964 et constitua l’Escadron 2/63 BIGORRE à Pau en fusionnant avec l’EITA 341 précédemment cité.

 

 De son côté, le 105 quitte le ciel algérien le 1er janvier 1962, et reçoit diverses affectations jusqu’au 24 février 1964, date de son rattachement au CIET 340 (Centre d’Instruction des Equipages du Transport)  à Toulouse-Francazal,  jusqu’au 27 juillet 1966.

 Au CIET étaient formés, suivant une méthode homogène, tous les équipages du transport aérien militaire  (pilotes, navigateurs, radios, mécaniciens de bord). De 1960 à 1971, le CIET mettra en œuvre la patrouille « Guimauve », seule patrouille acrobatique française ayant utilisé des avions de transport lourd (en l’occurrence des Noratlas).

De juillet 1966 à juillet 1967, il est affecté à l’EC70 (Escadron de Convoyage) à Chateaudun, puis rejoint l’AIA (Atelier Industriel Aéronautique) de Clermont Ferrand jusqu’en mars 1968.

De mars à décembre 1968, il intègre le TOURAINE (61e ET) à Orléans-Bricy  puis l’ANJOU (2/62) sur la base de Reims (de décembre 1968 à novembre 1970).

Il faut savoir que, affectés à un escadron de métropole, les avions  français et leurs équipages étaient régulièrement soumis à des périodes de Détachement du Transport Aérien Militaire (DETAM) d’une durée de 4  à 8 semaines. Ces détachements  ayant pour cadre l’Afrique (Algérie, Côte d’Ivoire, Sénégal, Gabon, Mali, Mauritanie, Tchad) ou l’Océan Indien (Réunion, Madagascar, Comores),  il est certain que notre 105 a parcouru les cieux et les déserts africains en tous sens.

 Après un retour au CIET à Toulouse (septembre 1971-décembre 1973), il s’envole à nouveau pour le continent africain, affecté au GAMOM 88 (Groupe Aérien Mixte d’Outre Mer) à Djibouti, jusqu’en septembre 1974. Il sillonnera la Mer Rouge et les côtes d’Afrique Orientale de la Somalie jusqu’à Madagascar, participant à de nombreuses missions humanitaires ou évacuations sanitaires.

 

Retour au VERCORS à Reims (62e E.T.) de septembre 1974 jusqu’au 3 février 1978 puis, en juillet 1978, mutation à l’Escadron 3/64 BIGORRE sur la base d’Evreux-Fauville. C’est au BIGORRE que le 105 restera le plus longtemps rattaché, de juillet 1978 à juillet 1984

 

En juillet 1984, il assure le support logistique du CIFAS 328 (Centre d’Instruction des Forces Aériennes Stratégiques) entre la base de Bordeaux-Mérignac et les autres bases des F.A.S où étaient implantées des unités de Mirage IV A (Istres, Orange, Creil, St Dizier, Avord, Mt de Marsan, Cambrai, Cazaux)

 

Le 3 janvier 1985, il rejoint le VERCORS (1/63) à Toulouse-Francazal, pour être placé en détachement permanent (DPT 09/063) sur la BA 701 de Salon de Provence, où il assure le support logistique de la Patrouille de France, ainsi que les largages de l’équipe de parachutisme sportif de l’Armée de l’Air, les Phénix.

 

Notre avion termine sa carrière opérationnelle le 3 juin 1986, après exactement  30 ans de service et 10 772 heures de vol (le potentiel de vol des Nord 2501 étant fixé à 10 000 heures).

Le 10 juin 1986, venant de Toulouse, il se pose sur le terrain d’Aix les Milles où il passera 7 longues années dans l’oubli, avant d’entamer, après deux ans d’une restauration épique, une seconde carrière comme monument historique volant.

Dorénavant, notre « Grise » reste l’unique survivante en état de vol de la longue lignée des Nord 2501 « Noratlas ».

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