LE ROSBIF A L’ITALIENNE ETAIT DUR A CUIRE

 

Nous sommes en plein DETAM à DAKAR en mars 1972. L’ANJOU et son NORATLAS a déjà effectué la liaison habituelle d’une semaine qui amène dans les capitales subsahariennes les ravitaillements techniques voire alimentaires nécessaires au bon fonctionnement et au bonheur des détachements français.

Maintenant, c’est la plage ! et la météo est, bien sûr, idéale en cette période de l’année ; cela se présente idylliquement et on ose à peine avoir une petite pensée pour les guss de l’ANJOU qui terminent l’hiver à Reims.

Un petit bémol quand même : c’est la plage, mais on est en alerte néanmoins… en alerte SATER ! C’est-à-dire que nous sommes susceptibles d’aller quelque part dans le vaste Ouest africain chercher on ne sait quoi !  Et si cette alerte se prend sur la plage, quoi de plus naturel ? La piste de l’aéroport de DAKAR-YOFF est juste derrière nous ; nous groupons donc le bien-être et l’opérationnel en un seul point.

Il y a donc le parasol AVIA avec l’équipage du Noratlas, et une cinquantaine de mètres plus loin, le parasol de l’aéronavale – on ne va quand même pas se mélanger – dont l’équipage d’ATLANTIC 2  prend l’alerte SAMAR pour la même recherche éventuelle dans une vaste zone située en Océan Atlantique.

Notre premier plongeon dans une eau à 25° à peine effectué une estafette, en la personne d’un sénégalais arrive en courant pour nous déclarer qu’il faut y aller, car il s’agit de retrouver un pétrolier.

Eclat de rire général, et nous invitons l’homme encore essoufflé à se rendre au parasol des marins pour une intervention qui ne nous regarde pas.

Nous reprenons nos positions horizontales sur le sable chaud en surveillant quand même d’un œil aussi discret qu’amusé les palabres entre l’estafette et l’équipage des marins.

Cela semble long et compliqué ; on s’exprime avec beaucoup de gestes, mais ne sommes nous pas en Afrique !

Tiens, les marins semblent nous désigner ! Ils ne sont pas gonflés, ces matafs !

L’estafette revient en effet vers nous avec le commandant de bord de l’Atlantic 2 pour nous expliquer que le pétrolier n’est pas un bateau, mais un chercheur de pétrole perdu dans le désert !

Les rôles ont changé, les visages des « avias » aussi, et nous plions donc bagage pour décoller dare dare pour NOUAKCHOTT, destination initiale désignée

Arrivés en MAURITANIE en fin de journée, nous sommes invités à écouter un briefing organisé par… des italiens ! Nous comprenons vite qu’il faut aller rechercher un citoyen britannique travaillant pour l’AGIP, compagnie pétrolière italienne, et cela au fin fond de la Mauritanie. Bel exemple de manip internationale.

Les italiens nous expliquent qu’ils font appel à nous après une semaine de vaines recherches afin d’agrandir la zone à explorer ; ils nous attribuent donc une zone située bien à l’est d’ATAR…  à 2 heures de vol !  La zone où aurait dû se trouver le « pétrolier » et son véhicule a été, affirment-ils, fouillée caillou par caillou !

Le navigateur que je suis m’amène à les interroger sur la méthode de recherche qu’ils ont bien voulu engager avec leurs avions légers. Ils me sortent alors une carte sur laquelle les tracés de leurs itinéraires me font penser à un bouquet de marguerite : les tiges étaient les itinéraires aller et retour, et les fleurs représentaient le secteur fouillé matérialisé par des ronds ou arabesques autour d’un point. Je leur faisais remarquer qu’entre les « fleurs », il me semblait qu’il y avait beaucoup de vides… mais non !  On devait avoir confiance, le sujet de Sa Majesté ne pouvait pas se trouver dans la zone que les italiens s’étaient évertués à explorer.

Le lendemain matin, l’ANJOU renforcé par quelques aspirants placés derrière les hublots comme observateurs décolle avant le lever du soleil pour le secteur attribué la veille.

Pour économiser quelque pétrole et rester sur zone le plus longtemps possible, nous décidons de nous rendre sur celle-ci à une altitude de 3000 mètres puis redescendre après avoir survolé ATAR et CHINGUETTI. Là, application de la QKP je ne sais plus combien, pour, comme dans le livre ou appris au CIET, tout voir en fonction de la visibilité, sans omettre une partie de la zone ou repasser au même endroit, etc… etc…

Nous restons tout d’abord très perplexes sur la possibilité de retrouver quoi que ce soit dans un relief aussi tourmenté, puis cela s’améliore quant au terrain, mais la visibilité devient très médiocre : pas d’horizon visible et tout paraît uniformément  brumeux et jaunâtre.

 

Les observateurs ont vu certains des fumées, d’autres des points noirs sur lesquels nous nous sommes rendus, mais nous rentrons bredouilles après 5 heures de vol sur place.

Le lendemain rebelote, mais alors que nous nous rendons à nouveau sur zone, nous sommes stoppés dans notre mission : LE BRITISH A ETE RETROUVE !

Retour donc à NOUAKCHOTT et… débriefing. Explication des gravures : le « pétrolier » a été retrouvé par une caravane chamelière ; il était resté sagement pendant 8 jours auprès de son véhicule en panne et s’apprêtait à boire l’eau du radiateur !

Il gardait confiance car il avait vu la veille par deux fois un avion à deux queues le survoler mais il l’avait trouvé bien trop haut pour qu’il soit aperçu malgré ses gesticulations.

Vous l’avez compris ! C’était notre bon NORATLAS qui se rendait ou revenait de la zone allouée.

Quant à la position du recherché : en plein dans la zone minutieusement fouillée par les italiens !

Moralité, à l’heure où les GPS n’existaient pas, les QKP étaient sans doute la bonne méthode et les anglais sont des durs à cuire, même en plein Sahara !

 

Ce texte est de Jean-Pierre NOUVIAIRE (dit « Nounou ») navigateur à l’ANJOU dans les années 70. Le Commandant de bord s’appelait Yves BIHANNIC.

Pour mémoire, le QKP était un système de recherche enseigné au CIET (Centre d’Instruction des Equipages de Transport basé à TOULOUSE-FRANCAZAL)

 


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